Une petite histoire personnelle, sur le thème un peu dark du 4e épisode de Pavel.
J’étais au cégep. Peut-être au secondaire, je ne me souviens plus trop. Un matin, la rumeur s’est frayé un chemin jusqu’à moi : un gars de mon année s’était suicidé pendant la nuit. Je le connaissais vaguement. Je l’avais croisé souvent, je savais comment il s’appelait, mais on ne s’était jamais vraiment parlé. Pas les mêmes gangs, pas les mêmes intérêts, vous savez ce que c’est.
Je garde un seul souvenir de ce jour-là. Pas de la tristesse, pas de la peur, pas de l’incompréhension. Juste de la confusion. Tout ce dont je me souviens, c’est que cette journée-là, je ne savais pas comment réagir. On ne savait pas comment réagir.
Je pense qu’on a tous fait un peu comme si ça ne s’était pas passé. On ne jugeait pas, on n’essayait pas de comprendre, on n’avait pas besoin d’en parler. On avait juste besoin de ne rien faire, de ne rien penser de tout ça. Que la vie, la nôtre, continue.
Quand j’y repense aujourd’hui, je trouve ça un peu weird. Mais sur le coup, c’était naturel. Et c’est de ça que je parle dans le quatrième épisode de Pavel. De l’incapacité à réagir face à des nouvelles comme ça. Du vide qui se crée dans la tête. C’est plus fort que nous, on a besoin de faire abstraction de la réalité. Et que le quotidien se déroule comme la veille, comme si de rien n’était.
De l’extérieur, ça paraît cruel. Mais ça ne l’est pas. C’est seulement humain. Parce qu’au fond, en réagissant comme ça — en ne réagissant pas — on montre simplement que notre vie à nous, celle qu’on chérit, elle continue.

