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Dans la tête de...

Texte inspiré par la soirée d'improvisation, Carnaval littéraire de La Crue des Mots, organisé par le C.L.A.C., Mont-Joli, 5 mai


Je suis le grand insignifiant, qui s’amuse de ses niaiseries.

Je suis le cœur à l’ouvrage, la constance du paysan,

celui qui défriche la page.

Je suis les trois heures par jour passées derrière l’écran de mon auteur.

 

Car je ne suis pas mon auteur.

 

Je suis son personnage, celui du costume duquel il se vêtit,

lorsqu’il s’avance, en société.

 

Lui, c’est un plombier, un plombier de l’âme ;

moi je suis ses brèches, ses fissures, ses débordements.

 

Lui, c’est un mineur, celui qui fouille les entrailles de la terre,

les entrailles de cette terre,

pour en extraire le minerai, pour en faire jaillir le cœur.

 

Moi, je suis la matière première,

le mauvais filon, le diamant brut,

celui qu’on va convertir en bague

qu’on va ensuite glisser au doigt des puissants.

 

Je suis le fruit d’une tonne de labeur,

la force du travail acharné,

celui qui n’a plus cours dans notre société,

mais qui vit pourtant par-delà les âges.

 

Je suis de où on vient.

 

Lui, l’auteur, il sait peut-être juste où on va ;

pis peut-être pas ;

 

mais c’est lui qui ouvre la marche,

parce que c’est lui qui marque,

 

c’est lui qui marque le pas.