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Dans la tête de...

Une poignée de gummy bears

Salut les rock stars,

Vous savez sur les DVD, parfois, quand il y a des scènes coupées qu'on peut voir sous la rubrique "extra"?

J'ai décidé de faire la même chose ici, de vous offrir une scène coupée de l'epizzod 3.

Parfois on doit resserrer le texte, pour le rythme, ou tout simplement parce qu'il y en a trop. 

Dans cette scène, Simone et Juliette ont 13 ans. Vous verrez que ce n'est pas la première fois qu'elles se la jouent "mauvaise fille" en allant dans des bars armées de fausses cartes...

Je vous l'offre, pour le fun, comme un bonbon... Disons une poignée de gummy bears.

                                                      * 

Elles ont 13 ans et l’envie folle de jouer les bad girls. Simone et Juliette sont en secondaire 1, c’est vendredi, et présenter un exposé oral dans le cours de français ne leur dit rien qui vaille. Comme à tous les midis ou presque, Simone s’est enfilé un banal sandwich baloney-moutarde et Juliette,un plat de nouilles Gattuso dont elle jette tous les légumes déshydratés et les crevettes séchées à la poubelle. « Ça goûte la bouffe pour tortues »,commente-t-elle.

Sur l’heure du lunch, les filles ont fomenté un plan. Pour la première fois de leur vie, elles vont sécher un cours. Elles affichent une mine tout à fait louche,mais la paire d’amies cimentées a toujours plus ou moins l’air de mijoter quelque chose, alors les surveillantes ne se formalisent guère de leurs manières ambigues. Petit détour par les casiers. Elles prennent leur manteau, attrapent deux ou trois manuels scolaires, sac d’école et agenda. La voie est libre. C’est presque trop facile. Dehors, un soleil vivifiant de mai cuit doucement l’épiderme des rares passants qui sont là pour absorber ses rayons.

-      C’est drôle, quand même, dit Simone. Il fait un soleil de feu et tout le monde est soit barricadé dans des tours à bureaux sous un éclairage au néon, soit en train de s’emmerder à l’école derrière un petit pupitre.

-      Tout le monde sauf nous !, ricane Juliette. Maintenant qu’est-ce qu’on fait ?

-      Bah, ce qu’on veut ! Ça te tente-tu d’aller écouter des disques au magasin ?

-      Ok, allons au centre d’achats. Ça tombe bien, je dois aller m’acheter des jarretelles.

-      Tu portes ça, toi ?, s’étonne Simone.

-      Certain ! C’est pour que le prof d’anglais me remarque. Pas de danger que je sèche son cours, lui.

-       Ah! ha! ha! T’es folle ! Il pourrait être ton père.

-      Ouan, mais il m’aurait eue jeune.

Un centre d’achats, l’après-midi, n’est pas l’endroit le plus exaltant au monde. Des vieux s’y emmerdent en bouffant des muffins pas frais, de faux bagels et des frites froides au Pique-Vite. D’anciens élèves décrocheurs tuent le temps dans des magasins de bijoux cheaps en échange d’un salaire minable.Des handicapés sévères et leurs préposés patients. De jeunes mères qui tentent d’apaiser leur bébé en furie. Des grosses madames qui se demandent ce que Simone et Juliette font là au lieu d’être à l’école en les toisant d’un air réprobateur.

Après être allées câliner les chatons et les chiots à l’animalerie, Simone et Juliette entrent au Zellers. Se pâment devant les poupées et les fées de plastique, département fillettes. Elles passent sans s’arrêter devant l’allée de poissons rouges à 25 sous. Feuillettent quelques magazines féminins. Essaient des push up bra en rougissant. Salivent devant la section des sucreries. Juliette glisse un suçon dans sa poche, Simone fourre deux caramels dans sa bouche.Elles commencent à s’amuser solide. Émettent des petits cris aigus en sautillant sur place. Puis se retrouvent dans la section maquillage.

-      Comment tu fais pour savoir si ta couleur de rouge à lèvres c’est prune, brun chocolat ou coquelicot, interroge Simone. Sans parler de toutes les nuances entre ces extrêmes.

-      Tu les amènes chez vous pis tu les essaies.

-      Ok, ouais… Je présume que c’est la même chose pour les ombres à paupières ?, rigole Simone en faisant glisser 4 ou 5 boîtiers de poudre compacte dans son sac.

-      Tu comprends vite, toi. Par exemple : le gloss à la noix de coco m’intéresse mais va peut-être me tomber sur le cœur. Alors je prends pas de chance. J’y vais aussi avec fraise, c’est une valeur sûre, puis menthe poivrée : toujours pratique quand t’as prévu frencher. Héhé.

Les fugitives ont pensé à tout sauf à une chose. Alors qu’elles envisagent leur retour en ricanant dans leur barbe,le détecteur de vol se met à sonner comme si la fin du monde s’était déclarée.

La honte.

La main dans le sac.

Les parents stupéfiés, les agents correctionnels, des avertissements. Des points d’interrogation sur tous les visages des adultes. Des formulaires à compléter. Une rencontre infructueuse avec le psy de l’école. Déshonneur et disgrâce.