Quelques jours avant la sortie en librairie de chaque épisode de Pavel, je reçois à la maison une trentaine d'exemplaires de l'épisode en question. C'est un des avantages d'être l'auteur de la série: voir le produit fini avant tout le monde, et en donner une copie à mon petit monde.
Je suis le gars derrière Pavel. Celui qui, un jour en 2007, s'est dit qu'il voudrait raconter l'histoire d'un Russe étrange qui débarque dans un collège privé. Celui qui s'est dit que ce serait le fun de raconter l'histoire de ce Russe du point de vue d'un gars ordinaire. Celui qui s'est fait avoir par le charme de ce gars ordinaire, ce Martin cynique, et qui s'est rendu compte en l'écrivant que l'histoire de Pavel devait d'abord être celle de Martin.
Pavel, c'est plus de deux ans de travail. Deux ans à réfléchir, à planifier, à scénariser, à écrire, à réécrire et à reréécrire. Ça fait beaucoup de Martin dans ma tête, beaucoup d'Anouk et de Pavel. Beaucoup de Frigo, aussi (il prend de la place). Je viens de terminer le dernier épisode,et ça m'énerve un peu, parce que je les aimais bien, tous (même Bourgeois), et je pense que je vais m'en ennuyer. Pas tout de suite, parce que là j'ai besoinde repos, mais dans quelques mois, certainement.
Je ne vous écris pas souvent, je sais. Ni ici, ni dans les commentaires. Je m’en veux un peu. J’aimerais avoir le temps de répondre à chacun d’entre vous, et de faire des billets plus souvent dans cette section-ci. Parce que j’aurais plein de choses à vous dire sur mon métier, et sur ce qui s’est passé dans ma tête à mesure que les épisodes de Pavel paraissaient. Et parce que vos commentaires sont intéressants (je les lis tous, quand même).
Dans ma tête, aujourd’hui, il y a des tounes. Des belles tounes. Je me suis acheté (oui, il y a encore du monde qui fait ça) les derniers albums de Mara Tremblay et de Daniel Boucher, et je les écoute en alternance, sans arrêt, depuis quelques jours. Pour la musique, oui, la mélodie, les mouvements. Mais surtout pour les paroles. Magnifiques paroles. Tremblay et sa douceur quasiment cruelle. Boucher et sa façon de rendre les plus petits détails énormes, sa façon de tordre la langue juste assez fort.
Quand j’étais jeune, je faisais souvent de l’insomnie. Trop de stress, pour trop de raisons vides. J’ai essayé tous les trucs, mais rien ne fonctionnait. Je n’avais pas cette capacité de faire le vide, d’oublier les tourments. Alors j’attendais. Et le temps passait. Quelques heures, et je me disais qu’il commençait à être temps que je m’endorme, parce que sinon la journée allait être atroce. Mais évidemment, plus on se dit qu’il faut s’endormir, moins on s’endort.
C’est décidé. Je n’aime pas m’entendre en entrevue. Les premières fois, il y a quatre-cinq ans j’étais curieux, alors je m’écoutais. Maintenant, je me trouve autre chose à faire.
Il paraît que c’est le temps des Fêtes. Je ne sais pas. Je n’y suis pas rendu, n’y serai sans doute pas rendu avant le 24 décembre. J’ai hâte au 24. Hâte de pousser mon frère dans la neige (une tradition), hâte de passer du temps avec ceux que j’aime en oubliant tous mes soucis, le travail, les mots, le Web, mon pool de hockey, le film que j’écris, l’avenir. Vivre au présent un peu, m’écraser et vivre.
Une petite histoire personnelle, sur le thème un peu dark du 4e épisode de Pavel.